Mon nouveau roman(suite)
Mes ami(e)s, vous m'avez demandé la suite de mon roman. La voici...
La photo ci-dessous, que j'apprécie particulièrement, est l'oeuvre de Thai-Son Richardier

Mademoiselle Corinne a pris d’autorité le petit Morgan des bras de sa maman. Celle-ci a desserré son étreinte devant la détermination de la maîtresse. L’enfant cesse de hurler, instantanément. Clara avait connu une expérience analogue, quand, à la maternité, la puéricultrice, devant les vagissements du bébé, lui avait donné le bain elle-même. Là encore, comme par enchantement, l’enfant avait cessé de crier. Très vite, son visage, qui avait viré au rouge violacé, avait repris la couleur qu’on lui connaissait pendant son sommeil. Elle s’était sentie idiote ce jour-là. Et aujourd’hui encore, devant la toute puissance de cette institutrice de maternelle, elle se sent confuse, incapable de se souvenir de toutes les questions qu’elle a préparées…
La dame sent bon. Son calme est sécurisant. Et, lorsque Clara prend la fuite, c’est tout juste si Morgan émet un petit gémissement émouvant, vite contenu, qui n’a pour but, vraisemblablement, que de donner mauvaise conscience à sa mère !
Clara se faufile au milieu des parents qui attendent que leur petit soit pris en charge par la maîtresse. Certains consultent leur montre, fiévreusement. La plupart ont pu commencer leur travail une heure plus tard, mais le patron n’est sans doute pas disposé à les voir arriver avec un retard si minime soit-il. Alors ils abrègent les au revoir, enfournent un dernier bonbon dans les bouches, promettent qu’ils viendront très vite les rechercher…
Clara se retourne. La maîtresse vient juste de tendre la jambe et d’empêcher Morgan de lui fausser compagnie.
Elle titube presque en rejoignant sa voiture. Un jeune papa, assis au volant de la sienne, le bras négligemment passé par la vitre de la portière, lui fait un clin d’œil soutenu. Sans doute a-t-il jugé que sa place n’était pas à conduire le mioche jusqu’à sa classe. Ce serait dégradant ! Il écoute une radio que certains jeunes apprécient parce qu’elle va à contre-courant des autres, jugées trop ringardes. Et on assiste, à une surenchère de balourdises. Clara est tombée, par hasard, un jour, sur cette radio et elle a été outrée qu’on puisse demander au téléphone à une jeune auditrice sa taille de soutien-gorge. Et que dire de la dite personne qui s’est prêtée à ce jeu malsain, donnant des détails intimes sur son anatomie, précisions qui ne lui étaient d’ailleurs pas demandées. C’est cette radio que le jeune papa est en train d’écouter en s’amusant à draguer Clara. Il faut dire qu’on ne peut la croiser sans promener les yeux sur son charmant visage, avec ses cheveux bruns que le vent s’amuse à décoiffer et qu’elle cherche à discipliner de sa petite main fine. Le front est large et fier, les lèvres minces parfaitement dessinées, le menton plus timide, mais joliment incurvé vers l’avant comme s’il n’attendait que votre pouce et votre index pour se faire caresser. Le nez un peu fort, mais des yeux marron, pétillants à vous faire tourner la tête.